1er novembre 2019 – P. Antoine Devienne, curé

Préciser l’unité spirituelle et visible de l’Eglise

Dans la théologie « classique », on distinguait trois états de l’Eglise : L’Eglise militante, l’Eglise souffrante et l’Eglise triomphante. La première désignait la communauté des baptisés en pèlerinage dans ce siècle, c’est-à-dire l’Eglise que nous connaissons visiblement, celle de 2019. Elle n’a pas débuté avec notre naissance et finira sa mission d’annonce de l’Evangile du Seigneur Jésus Christ à la consommation des temps, se transmettant de génération en génération. L’Eglise catholique se reconnaît comme la subsistance de l’Eglise fondée par et en Jésus Christ. Elle considère que les schismes qui ont séparé les fidèles du Christ n’ont pas éteint les promesses du baptême reçu validement par les frères séparés. Elle conçoit dans le ministère pétrinien et le principe apostolique le service de communion et d’affermissement de la foi que Le Seigneur a confié à Pierre et aux Douze. Cette « dimension » de l’Eglise connaît les joies et les souffrances, liées aux dons de l’Esprit Saint et aux persécutions et aux malheurs du temps. La Deuxième Eglise, l’Eglise souffrante désignait les fidèles qui, sans être privés de la Rédemption, achèvent leur purification pour être agrées dans le face-à-face avec Dieu. L’Eglise militante connaît Dieu de manière indirecte, par la foi, la connaissance de biens qu’on ne peut pas voir, alors que l’homme est appelé à avoir la connaissance de son Créateur, au sens le plus fort du terme, au sens biblique du terme dépourvu de sa connotation sexuelle. Le passage de la foi à la vision suppose une transformation radicale de l’être qu’opère la mort moyennant la loi de la charité. C’est ce que la première épitre de Saint Jean nous rappelle : « Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté.Nous le savons : quand cela sera manifesté, nous lui serons semblables car nous le verrons tel qu’il est ». La troisième Eglise est l’Eglise triomphante, celle qui a été rendu participante de la sainteté du Seul Saint, Dieu.

Le saint concile de Vatican II, sans remettre fondamentalement en cause cette tripartition, a préféré souligner la profonde unité de l’Eglise en rappelant ses deux caractéristiques, visible et spirituelle. L’Eglise catholique a ses pieds qui parcourent la durée de l’histoire et sa tête déjà dans la Gloire du siècle.

« Le Christ, unique médiateur, crée et continuellement soutient sur la terre, comme un tout visible, son Église sainte, communauté de foi, d’espérance et de charité, par laquelle il répand, à l’intention de tous, la vérité et la grâce [9]. Cette société organisée hiérarchiquement d’une part et le corps mystique d’autre part, l’ensemble discernable aux yeux et la communauté spirituelle, l’Église terrestre et l’Église enrichie des biens célestes ne doivent pas être considérées comme deux choses, elles constituent au contraire une seule réalité complexe, faite d’un double élément humain et divin »

 Cette unité fonde la fête que nous célébrons aujourd’hui. Nous ne fêtons pas seulement les saints du Ciel, qui nous attendent pour entrer dans le renouvèlement de la Création, quand tous nous participerons à la résurrection du Christ. Elle nous rappelle l’unique dessein de salut de Dieu appliqué à tout homme en particulier et à l’humanité dans son ensemble.

 

Les Béatitudes, porte d’entrée dans la vie divine

Pour reprendre l’évangile des Béatitudes, nous remarquons que ces Béatitudes peuvent être interprétées par cette perspective de l’unité du salut. Si certains ont pu estimer qu’elles constituaient une consolation pour les malheureux ou pour les faibles, le chrétien y voit la charte de l’espérance. Si nous envisageons le salut comme la réception et la participation à la vie divine donnée par la médiation du Christ, alors l’attitude de l’homme des Béatitudes n’est pas la résignation, mais de considérer que le don présent de la vie mérite qu’on l’embrasse, quelle qu’en soit le prix. L’homme des Béatitudes entrent dans l’imitation du Christ, qui œuvre pour la justice, qui choisit la douceur plutôt que la violence, qui accepte les pleurs de la vie, la pauvreté de cœur. Ce n’est pas en vertu d’une tendance morbide pour le malheur, mais parce qu’il comprend que la vie donnée par Dieu est si précieuse qu’elle mérite d’être reçue selon le style même du Christ.

Les Béatitudes manifestent la valeur spirituelle de la vie, qui ne peut se réduire à une définition biologique. Cette vie, issue de la puissance vivificatrice de Dieu, est en quelque sorte le point central de la communion des saints. Elle est parfaitement incarnée dans la personne de Jésus Christ. Ce qui nous unit les trois dimensions de l’Eglise que j’ai précédemment évoquées est cette aspiration profonde à cette vie.

 

En conclusion, je vous invite à reconsidérer la nature de l’Eglise. La puissance d’informations des média l’altère dans notre perception et dans notre attachement. Ils ne la conçoivent souvent que comme un groupe de pression, ou une simple réalité sociale, ignorant sa dimension mystique. Les décisions que prennent nos pasteurs tiennent compte de sa destination et ne peuvent complètement obéir aux impératifs de la mode ou de la communication. Le commerce avec les saints, que nous incluons dans chacune de nos eucharisties, est un remède sûr contre l’affadissement spirituel chrétien.

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